Le cinéma, ce microcosme de la honte

Le deuxième sujet est tombé après une enquête rondement menée par les Journalistes Jeunes enquêteurs.rices, accompagné d’un sujet bonus : “Cinéma, littérature – Ces arts qui n’ont pas honte”.

Quelques minutes de réflexion plus tard, l’éclair de lucidité ! Quoi de plus honteux dans ces deux arts que l’évènement qui a enflammé Twitter… j’ai nommé : la cérémonie des Césars 2020. Entre dénonciation du racisme et du manque de représentation et célébration d’un violeur et pédophile, il y avait de quoi voir flou vendredi 28 février.

Roman Polanski, sacré malgré les polémiques

Que vous ayez suivi ou non la cérémonie, vous avez forcément entendu parler de cette scène : Adèle Haenel quittant la salle Pleyel à Paris alors que Roman Polanski recevait le César du meilleur réalisateur en criant “La honte” !

Cette sortie fait suite à la polémique qui a entouré la sortie du film J’accuse, réalisé par Polanski, sorti en novembre 2019. Quand certains.es appelaient au boycott du film, d’autres prônaient le fameux “il faut séparer l’homme de l’artiste !” pour justifier le fait d’aller voir le film retraçant l’affaire Dreyfus.

Séparer l’homme de l’artiste, mais jusqu’où ? Faut-il continuer de supporter des oeuvres produites par des artistes accusés de viol et de pédophilie ? Ou peut-on admettre que des artistes tout aussi talentueux et non problématiques représentent l’avenir du cinéma ? On entend souvent que les accusations de viols peuvent briser une carrière… la preuve en est que beaucoup y résistent facilement.

Les rires gênés face au discours d’Aïssa Maïga

Au début du mois de février, 300 artistes du cinéma ont signé une tribune dénonçant le manque de diversité, comme l’expliquait Omar Sy : “J’ai signé cette pétition pour qu’il y ait des changements, et ça a l’air d’en être un. On verra la suite maintenant.”.

Cette réflexion n’a pas manqué de remonter aux oreilles de l’Académie le jour de la cérémonie quand, dans son discours, l’actrice Aïssa Maïga déclarait “dès que je me retrouve dans une grande réunion du métier, je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle”.

Un discours qui a provoqué l’incompréhension, réelle ou non, et les rires gênés des racisées présentes dans la salle. Exit les rôles de personnes de cité, de femmes de ménages : 2020, il est temps d’égaliser les castings et de cesser de reléguer les personnes racisées aux rôles secondaires.

Si on veut que les mentalités changent, ne plus avoir de violeurs, de racistes ou encore de LGBTQIphobes, il serait temps de commencer à boycotter ces personnes problématiques. En effet, le changement ne doit pas se faire que par les classes concernées et discriminées, mais pas les classes dominantes. C’est en valorisant leur travail à la place de celui de violeurs ou racistes qu’on fera prendre conscience au grand public de la vraie diversité du cinéma. Sortir des carcans de l’industrie du film, c’est réduire la violence symbolique qui est exercée.

En 1964, Bourdieu et Passeron publiaient Les Héritiers, ouvrage mettant en avant l’absence des classes ouvrières sur les bancs des études supérieures et, ainsi, les mécanismes de domination et des privilèges sociaux… il serait peut-être temps d’appliquer cette analyse au cinéma, non ?

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