Ponyo sur la falaise, ou le récit de préservation du monde marin

Du 2 au 12 octobre avait lieu la Fête de la Science 2020. Pour répondre à la thématique de cette année, « Planète Nature », diverses animations et activités ont été mises en place, aussi bien sur le campus de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier qu’en ligne ou dans les divers centres de recherche

Pour l’occasion, une projection-débat avec Julien Milanési, chercheur au Certop et maître de conférences en économie à l’université Paul Sabatier, avait lieu sur les problématiques environnementales avec, pour exemple, le film Ponyo sur la falaise.

Entre réinterprétation de La Petite Sirène et militantisme écologique, voilà ce qu’il est important de savoir à propos de cette œuvre !

Synopsis

Ponyo sur la falaise est une réadaptation de La petite Sirène de Hans Christian Andersen puisque le film présente l’histoire d’un poisson rouge voulant devenir une petite fille après sa rencontre avec Sôsuke, un garçon de 5 ans, qui la libère du pot de confiture dans lequel Ponyo était coincée.

Pour Miyazaki, Ponyo sur la falaise est la transposition du conte d’Andersen dans le Japon d’aujourd’hui avec « une petite ville au bord de la mer, une maison au sommet d’une falaise, quelques personnages et l’océan vu comme une présence, une entité vivante ».

Un message à portée écologique

Connu pour son personnage de Totoro, gardien de la forêt bienveillant et souriant, Miyazaki est avant tout un pessimiste. Il admire les prouesses technologiques qui ont été favorisées durant les guerres mais dénonce avec acharnement l’absurdité des conflits. Ce pessimisme explique son attachement à la nature, qui se trouve magnifiée dans tous ses films, et la présence récurrente de la thématique de la relation humanité et monde vivant. Cependant, Miyazaki ne cherche pas à imposer sa vision négative mais souhaite perpétuer l’émerveillement pour le monde naturel à travers ses films. 

Si le thème de l’écologie et de la défense de la nature est moins impressionnant que dans Nausicäa de la vallée du vent, Princesse Mononoké ou encore Pompoko, Ponyo sur la falaise traite une des problématiques du Japon contemporain qui est la montée des eaux et les tsunamis, menaçant d’engloutir l’archipel ou de détruire des villes. 

Comme l’explique Julien Milanési, dans les œuvres de Miyazaki, les héroïnes ont souvent le rôle d’intermédiaire, d’interprète entre deux mondes qui auront pour mission de maintenir ou rétablir l’équilibre entre ces mondes, comme le montrent Ponyo, Nausicäa, Satsuki et Mei les sœurs dans Mon Voisin Totoro ou encore Chihiro. Dans cette lignée, on peut évoquer les travaux de Baptiste Morizot, enseignant chercheur en philosophie à l’université d’Aix-Marseille, qui développe l’idée de la diplomatie entre les espèces et parle de la relation « Homme – Vivant » plutôt que de la relation « Homme – Nature ». Dans son œuvre Manières d’être vivant : enquête sur la vie à travers nous, celui-ci explique qu’il « faut des interprètes [] pour faire le travail et reprendre langue avec le vivant et dépasser ce qu’on peut appeler la malédiction de Lévi-Strauss : l’impossibilité de communiquer avec les autres espèces avec lesquelles on partage la Terre ».

Il s’agit alors de repenser le dualisme nature et culture qui se matérialise par la domination de la nature par l’humain et la vision idéalisée de la nature, une nature à l’état brut comme on peut la voir dans les parcs naturels. Ponyo est un exemple parfait de ce dualisme puisque le film porte sur la coexistence entre la civilisation industrialisée et le respect de l’environnement et de la nature sauvage. 

On nous présente alors un univers sous-marin séduisant avec la scène d’ouverture du film. Univers qui, dès lors que Ponyo le quitte ou utilise ses pouvoirs, va se déchaîner et se fragiliser comme le montrent le Tsunami provoqué par Ponyo ou la déviation de la Lune de son orbite.

Cet environnement sous-marin est également mis en péril par les humains puisqu’on aperçoit des ordures flottant à la surface de l’océan et une scène de pêche de grand fond considérée comme dangereuse pour le fond marin. 

Face à cet impact des humains sur la nature se dresse Fujimoto, père de Ponyo, qui consacre sa vie à s’occuper de l’océan, tout en ayant pour objectif de faire revenir le monde à l’époque du Cambrien. Celui-ci incarne la vision idéalisée de la nature du dualisme de Lévi-Strauss puisqu’il voue une haine viscérale envers les Hommes, qu’il juge responsables de la dégradation de la nature : « Je vous avais pourtant expliqué que chez eux [les humains] l’eau est polluée, tout comme l’air qu’ils respirent », « Humaine ? Tu veux devenir comme ces créatures ? Aussi stupides et abominables ? », « Les humains ne font que voler la vie de la Terre »

Les imaginaires pour concevoir le futur

Selon Julien Milanési, c’est l’imaginaire que construit les hommes qui est le moteur du changement social. Cette interprétation permet ainsi de rouvrir tous les possibles puisque le monde de demain sera celui qu’on imagine aujourd’hui. Ainsi, la fiction est un moyen de proposer de nouveaux imaginaires et de penser la société différemment. 

Dans Ponyo sur la falaise, on retrouve la vision d’un futur dans lequel l’Homme et le vivant sont réconciliés, mais également la question de l’entraide intergénérationnelle. Miyazaki aurait confié à Toshio Suzuki, producteur de ses films, à propos de Ponyo sur la falaise : « Je suis arrivé à un âge où je peux compter sur mes doigts les années qui me restent à vivre. Bientôt, je retrouverai ma mère. Que vais-je lui dire quand ce moment arrivera ? ».

Ainsi, le réalisateur met en avant dans son œuvre la solidarité entre les générations : l’école de Sôsuke est voisine d’une maison de retraite et l’enfant semble davantage apprécier la compagnie des vieilles dames résidentes que des enfants de son âge.

Image fixe de travail Ponyo sur la falaise, ©Studio Ghibli

Cette proximité marque donc l’importance de la transmission entre les êtres, mais également la nécessité d’être solidaires entre générations dans la société actuelle.

Si le film a une portée écologique, celui-ci montre l’importance de ne pas s’arrêter sur les discours idéologiques prônant un « autre monde » et le retour d’un âge d’or révolu. Miyazaki met ainsi en avant la nécessité de prendre en compte l’état du monde actuel pour l’accepter et le préserver tant qu’il en est encore temps. 

On peut donc interpréter la scène dans laquelle Fujimoto « confie » Ponyo à Sôsuke en lui demandant de prendre soin d’elle comme une personnification de la relation humanité-vivant, et plus particulièrement la relation humanité-marin.

À partir du mois de Septembre, le Studio Ghibli à mis à disposition des internautes des images de ses films, dont Ponyo sur la falaise, Arrietty : Le Petit Monde des Chapardeurs, Le Voyage de Chihiro ou encore Le conte de la princesse Kaguya. Vous pouvez également retrouver l’intégralité des films du studio Ghibli sur Netflix. 

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