Le musée d’aujourd’hui : inclusivité et démocratisation

L’enjeu de la médiation inclusive : nécessité ou contrainte de trop ?

Un effort a été réalisé. Il est à souligner. Pour introduire notre propos sur le musée d’aujourd’hui, son lien avec la médiation inclusive est à remettre sur le devant de la scène. La banalisation des dispositifs inclusifs est en bonne voie. Voyons-cela comme une bonne nouvelle : lorsqu’il y a un phénomène de banalisation, le banal se transforme en automatisme. Tout ce processus fut lancé lors de la loi de 2006 sur l’accessibilité, véritable phare dans la tempête de l’universalité et de l’inclusion. Mais avant d’amorcer les apprentissages apportés par le voyage Paris 2022 de la formation Patrimoine, nous nous ferons guide afin de vous initier à cette notion, pour le moment abstraite, de la médiation inclusive.

Un exemple de médiation inclusive au musée de Louvres, avec du braille, des motifs en relief, un moulage à manipuler et... Une interdiction de toucher(sic). 26 janvier 2022 _ ©Thibaud Apat

La médiation inclusive : une nécessité

8,7 millions. Il s’agit du nombre de personnes en situation de déficience visuelle en France. Ce chiffre, impressionnant, nous donne à réfléchir sur le fort besoin d’intégrer ce public dans le domaine de la culture. La principale difficulté rencontrée actuellement, selon un entretien avec une personne proche ayant une déficience visuelle est l’idée d’autonomie au sein de la structure culturelle. Cette personne se sent ainsi presque obligée d’aller au musée accompagnée de son mari et ses enfants. Les enfants étant aujourd’hui partis du foyer familial et ayant leurs propres activités culturelles, cette personne se rend aujourd’hui beaucoup moins dans ces lieux. Cette nécessité doit donc être guidée par une motivation première. Celle de garantir au visiteur une liberté, une autonomie qui ne peut malheureusement pas être affirmée dans la plupart des structures.

Comme exprimé auparavant, le public empêché représente un vivier particulièrement important de visiteurs pour les structures culturelles. Lors des travaux d’aménagement les plus récents, les structures les plus modernes ont ainsi mis en avant une volonté neuve : l’inclusion. Citons l’exemple le plus frappant lors de notre voyage : le musée Carnavalet. Après plusieurs années de travaux, le musée a rouvert ses portes en mai 2021, très récemment au vu des 142 ans d’existence du musée. Noémie Giard, responsable du Service des publics, nous a affirmé la vocation du musée à s’inscrire en qualité de précurseur dans la médiation inclusive. La notion s’est matérialisée via des cartels uniques, adaptés pour un public avide de connaissances, un texte plus vulgarisé, une illustration en relief et un texte en braille. Le spectre des publics visés est donc particulièrement large. La nécessité s’est ainsi transformée en véritable atout pour cette vénérable structure.

Vue d'ensemble et détaillée des cartels du musée Carnavalet, 25 janvier 2022, ©Thibaud Apat
Vue d'ensemble et détaillée des cartels du musée Carnavalet, 25 janvier 2022, ©Thibaud Apat

La médiation inclusive : une contrainte ?

Cependant, il apparaît assez essentiel de toujours nuancer son propos. Inutile de paraître déséquilibré. Nous l’avons vu précédemment, la médiation inclusive est une nécessité, un atout. Mais il s’agit avant tout, du point de vue organisationnel, d’une notion qu’il convient de manier et de maîtriser convenablement. Cela signifie donc que la médiation inclusive nécessite des ressources humaines et matérielles. Ainsi, selon Céline Brunet-Moret, directrice adjointe de la médiation et de la programmation culturelle du Louvre, la médiation inclusive représente un investissement conséquent à l’échelle d’un musée aussi vaste et ancien que le Louvre. Comment rendre accessible à tous de la plus simple des manières les 480 000 œuvres exposées dans l’un des musées le plus visité du monde ? Il s’agit là d’une équation presque irrésolvable, tant la tâche paraît ardue. La contrainte de la médiation inclusive apparaît donc dans un premier lieu comme quantitative.

Qualitativement, chaque visiteur doit pouvoir se servir des informations mises à disposition dans cette médiation. Or, la grande diversité des publics accueillis dans ce musée (l’un des plus visités du monde avec 9,6 millions de visiteurs en 2019) ne facilite pas ce caractère universel. Nous devons donc nous contenter de solutions intermédiaires, mi-figue mi-raisin. Vous pouvez d’ores et déjà constater cela dans la première illustration de cet article.

Mais l’expérience d’un musée d’aujourd’hui ne passe pas uniquement par cette notion complexe qu’est la médiation inclusive. Un second mouvement d’idées est en plein développement : la démocratisation.

La démocratisation culturelle

Il est vrai que, si la notion de démocratisation n’est pas l’apanage de la culture, elle a pour effet premier d’investir des champs nouveaux. Rendre accessible la culture au plus grand nombre ne relève pas d’une quelconque utopie qui, même en rêve, ne se réaliserait pas : elle est un idéal. La recherche de cet idéal soulève, en effet, de nombreux questionnements quant à la sociologie des publics que l’on voudrait attirer et la possibilité de les rencontrer au musée.

L’élargissement des publics : un point de vue avant tout quantitatif

Si la culture est un élément de dynamisation des territoires, c’est aussi parce qu’elle attire des publics locaux et des touristes. En effet, minorer le point de vue quantitatif de la culture serait ignorer toute la dimension politique qu’elle revêt. Sans politique culturelle, pas d’actions culturelles. Dans ce contexte, l’élargissement des publics et donc, par extension, la démocratisation culturelle remplit ce premier objectif, quantitatif, de fréquentation des lieux culturels. C’est particulièrement vrai dans des institutions importantes (et influentes) comme au Louvre : dans le 1er arrondissement de Paris, le musée d’art a perdu 80% de sa fréquentation en deux ans. La pandémie de COVID-19 étant passée par là, c’est toute une organisation à remodeler. Cette réorganisation passe par un ciblage plus fin et plus local des profils à attirer au musée ; dans le cas du Louvre, il s’agit aujourd’hui d’attirer les franciliens prioritairement. Pour ce faire, la démocratisation culturelle passe par une politique tarifaire attrayante. Cette tarification permet aux plus démunis, aux plus « exclus », aux populations les moins favorisées, de se rendre plus facilement au musée. Malheureusement, cela ne suffit pas toujours, bien au contraire.

Démocratisation et approche qualitative : l’accès à la culture pour tous

Les actions pour la démocratisation culturelle sont multiples. Il peut s’agir d’investir des équipements nouveaux comme le Studio au Louvre, disponible depuis le 15 décembre 2021. Cet espace, ouvert à toutes et tous, permet aux enfants de jouer, de colorier et de lire, aux adultes de se reposer, de discuter et de rire. Il peut également s’agir d’organiser des évènements avec une programmation au croisement des pratiques culturelles : Versailles propose des Nuits de la Lecture où l’idée est de redécouvrir les écrivains, poètes et dramaturges qui ont façonné l’histoire de France ; le musée Jacquemart-André offre, temporairement, des concerts dans des salons du musée dans Autour du Piano. Ces différentes actions sont extrêmement porteuses puisqu’elles ouvrent l’institution culturelle, parfois considérée comme « élitiste », vers l’Autre.

L’Autre est d’ailleurs parfois loin, voire très loin. Enfermés par des murs ou empêchés par des réglementations, certaines personnes sont dans l’incapacité physique et/ou psychique de se rendre au musée.  Alors, avec reproductions et moulages à la main, le musée s’y rend. La démocratisation de la culture passe aussi par là : la stratégie « hors-les-murs » permet une plus grande diversification des publics et une égalité devant le fait culturel. Se rendre dans des prisons, dans des hôpitaux ou dans des Ehpad, c’est ce que fait le musée du Louvre toute l’année. Cette initiative, adoptée par nombre de musées en France, participe à faire lien social par la culture, selon les mots de Jean Caune. En ce sens, la démocratisation culturelle peut engendrer une démocratie culturelle où la participation active des citoyens est sollicitée.

L’accès à la culture et le (relatif) gommage des inégalités sociales, par des dispositifs et des initiatives innovantes, s’avère central puisque l’inclusivité aide à la démocratisation culturelle. Le musée du XXIe siècle est porteur d’espoirs et de mutations qui ne pourront se réaliser qu’avec la concertation des acteurs engagés et une volonté politique de changement. À Paris, du musée Carnavalet au musée du Louvre en passant par le musée Jacquemart-André, la promotion Patrimoine a observée et analysée les dispositifs en place, les évènements proposés, les professionnels sur place. En tant que futurs acteurs et actrices de la culture, nous sommes optimistes.

Article rédigé avec Thibaud APAT

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Une réflexion sur “Le musée d’aujourd’hui : inclusivité et démocratisation

  1. Qu’elle belle analyse de l’inclusion dans les musées ! Vaste programme, beaucoup de choses restent à faire mais l’envie et la volonté parviennent à tout surmonter ! Bravo !

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